Archive pour juin, 2009

Tassie je t’aime

Day 1 – Mardi.

6h10. Je suis dans le bus qui va me conduire à l’aéroport. Hier soir (il y a 4 heures, en réalité), avant de me coucher, j’ai mis la batterie de mon appareil photo à charger. Ce matin, je l’ai oubliée. Je devrais bouillir en mon for intérieur, d’autant que je ne suis monté dans cette navette que depuis 5 minutes, et que mon auberge est encore toute proche… Je devrais être en rage ! Non, je m’en fous. Je ne prendrai pas de photos, tant pis. Je vais vivre cette aventure tasmanienne à fond, profiter de ce qui s’offre à moi et capturer tous ces moments à l’aide de ma mémoire uniquement.

6h13. Il y a bien quelqu’un qui pourrait me faire parvenir cette batterie, mais je ne sais pas précisément où je serai chaque jour pendant la quinzaine à venir. Je vais beaucoup bouger, difficile donc de choisir un lieu où poster cet élément manquant. Dans le pire des cas, je peux toujours essayer d’en acheter une autre à Launceston… On verra.

6h30. Merde, j’ai aussi oublié mon pull.

7h20. Mon sac est enregistré.

8h15. Tout va bien, je suis dans l’avion, le vol est prévu à 8h20, on devrait donc pas tarder à décoller. Attachez vos ceintures, c’est parti pour une heure de voyage dans le ciel, arrivée prévue à 9h25 à Launceston.

Bon, ça, là, ce que vous venez de lire, c’est bel et bien ce que j’aurais dû écrire si tout s’était déroulé comme prévu. Je suis sympa, je rembobine.

8h15. Premier avertissement expliquant que l’avion aura du retard. Repoussé à 8h35. Pas longtemps après, nouveau décalage, le départ est prévu pour 9h05.

9h00. « A cause du brouillard, l’avion a dû se poser à l’aéroport d’Avalon » (celui où j’ai atterri en arrivant à Melbourne, souvenez-vous !). Il faudra donc patienter plus longtemps, le temps qu’il se ramène ici.

9h30. « Mauvaise nouvelle : tous les passagers du vol Melbourne-Launceston doivent se rendre à l’aéroport d’Avalon. Des bus seront prêts dans environ ½ heure pour effectuer le transfert. Veuillez s’il vous plaît récupérer vos bagages enregistrés au tapis n°1 ».

10h10. Le bus démarre, le trajet prendra environ 45 minutes. Pour pallier la morosité ambiante (je commence sérieusement à avoir les boules !), ce sera Laurent Ruquier et ses chroniqueurs en podcast. Ah, Pierre Bénichou, tu me fais rêver…

11h40. Nous décollons. Amin Maalouf et son opéra Adriana Mater me font passer le temps (merci Gilles !).

13h00. Après avoir attendu une éternité (dans une structure aéroportuaire de qualité comparable à Avalon) que mon sac veuille bien faire son apparition sur l’unique tapis, je me prépare à sortir du hall. J’aperçois une navette estampillée « Airport – City », remplie de gens, et qui s’en va au loin. Je me dis que c’est bon, la prochaine navette est pour moi ! « Next bus : 13h45 ». Bon, et bien je vais attendre ¾ d’heure de plus alors. Je m’installe sur un banc et commence à planifier mes 11 jours ici. Lonely Planet, brochures, plans… et Oreos (qui, soit dit en passant, sont la cause de la bouée qui grossit autour de mon nombril ! A moins que ce ne soit la bière ?!).

13h35. Deux femmes passent près de moi, alors je leur demande un renseignement concernant la carte de Launceston que je suis en train d’étudier. Juste après elles et leur précieuse aide, un couple qui avait entendu ma requête s’approche, et  me demande où je veux me rendre dans la ville. « Canning Street ». « Pas possible, c’est là qu’on va. Tu veux qu’on t’emmène ? » (Je traduis hein, c’était bien un couple d’australiens). Je n’attends pas le bus, et ne paye pas 14 dollars.

13h40. Durant le trajet, ils m’expliquent qu’il y a six ans de cela, ils ont fait du camping à travers l’Europe, notamment en France. Je leur raconte brièvement où j’en suis, ce que je fais, et quels sont mes plans pour ces dix jours en Tasmanie. J’indique que je prévois d’acheter un pass 7 jours auprès d’une compagnie de bus pour voyager dans le nord-est, puis descendre la côte est jusqu’à Hobart, d’où je repartirai pour Sydney. Je précise également que je ne veux pas passer à côté de la « Bay of fires », nommée ainsi par les explorateurs après avoir aperçu les feux allumés par les aborigènes le long du rivage. « La baie des feux déroule ses majestueuses plages de sable blanc entrecoupées de caps rocheux, de landes, et de lagunes » (Lonely Planet). Tiens donc, ils ont une maison là-bas ! Etablis à Scottsdale, c’est là qu’ils passent leurs weekends. Ah, Jane et Tony… Ça, je vais vous dire, c’est le karma ! Si j’y suis ce weekend (et c’est ce que j’avais prévu à la base), je n’aurai qu’à leur passer un coup de fil, et je serai le bienvenu chez eux. Je n’aurai pas de logement à payer, et Tony veut même m’emmener pêcher. Une de leurs filles étudie le français et le journalisme, c’est peut-être pour cela qu’ils m’ont à la bonne… Aussi, quelques autres bons tuyaux pour St Helens et Hobart.

14h00. Ils me déposent devant l’auberge de jeunesse, me saluent et espèrent vivement entendre parler de moi dès ce weekend. « Promis, je ne vous décevrai pas ! ». Quel idiot passerait à côté de cette opportunité, hein ? Plutôt que de trimballer ma carapace, je préfère patienter une heure de plus (l’auberge est fermée de 11h à 15h, et j’étais censé arriver ce matin !) Le début de la visite attendra.

15h00. Check-in, je m’installe dans ma chambre, un dortoir de six lits, puis dans une autre, 3 lits cette fois, pour le même prix. Pourquoi pas, si ça vous arrange ! Par contre, je me les gèle carrément. Dans l’auberge, hein ! Oui, les pièces communes ne sont pas chauffées, et les chambres, entre 19h et minuit uniquement. Heureusement que j’ai mon sac de couchage, parce qu’il faut payer pour avoir des couvertures. Malins les types, qui n’en voudrait pas ici ! (Ceux qui ont un sac de couchage, encore plus malin, ha !).

16h30. J’ai repéré le point d’informations, je pars dans le centre, à 10 minutes à pied. Je suis également décidé à trouver une batterie et un chargeur pour mon appareil photo. C’est bien trop cher, 80 dollars la batterie, et naïf comme je suis, je pensais que le chargeur était vendu avec. Même pas ! (oui, rigolez !). Bon et bien tout de suite me vient l’idée qu’il s’agira d’un premier test concernant mes entreprises d’écriture à venir. Je m’explique. Je vais devoir, comme pour un roman, par les mots uniquement, vous faire sentir mes émotions, faire en sorte que vous puissiez imaginer ce qui apparaîtra sous mes yeux pendant les prochains jours. Je me fais rapidement à l’idée que je vais voir l’une des plus belles plages du monde, et que la seule façon de m’en rappeler dans le futur, sera de faire appel à ma mémoire. Cette tâche s’avèrera bien plus facile que de vous transmettre sans faillir ce que je ressens et ce dont je suis le témoin. Affaire à suivre.

19h00. Retour à l’auberge de jeunesse, je suis exténué, je me prépare un repas rapidement, j’emprunte un dvd, et direction le lit. Je suis tout seul dans cette chambre, le pied !

Day 2 – Mercredi.

Je me lève tard, vers 11 heures. Je prends mon temps pour me préparer, il faudra aujourd’hui que je me rende au bureau des compagnies de bus pour éventuellement acheter un pass, sinon un trajet unique pour St Helens. Pendant que je prends mon repas, je rencontre un français, arrivé ici la veille, Matt. Il est arrivé en Tasmanie il y a quelques jours, et à déjà voyagé depuis Hobart jusqu’ici, en remontant la côte est. On décide d’aller visiter ensemble la Cataract Gorge, à l’ouest du centre ville. Bien que la luminosité ne soit pas exceptionnelle, le tableau est très beau. Une gorge large et profonde, très boisée sur les hauteurs, avec un niveau d’eau plus bas que la normale visiblement. La promenade se situe à mi-hauteur. Le courant ne semble pas très fort, l’atmosphère est très reposante. On s’engage pour une balade d’une heure et demie, à travers la forêt et le long de la rivière. De nombreux wallabies que l’on aperçoit au dernier moment s’échappent des fougères dans lesquelles ils se dissimulent. Quatre ou cinq bonds et ils sont déjà loin, prennent le temps de nous épier, le regard hagard et les oreilles en alerte, et vaquent à leurs occupations à nouveau, une fois éloignés de la présence humaine. Arrivés plus profondément dans la gorge, il nous faut traverser une passerelle pour nous rendre de l’autre côté et amorcer le retour. Nous sommes au milieu de cette structure qui semble fragile et précaire, qui tremble, bouge, mais résiste finalement sous le poids de nos pas. Nous surplombons la rivière, et profitons d’une vue sympathique, l’eau s’écoulant doucement à plusieurs mètres sous nos pieds. L’OM (il est d’Aix), les médias, les voyages, les études, la France, les aborigènes… autant de sujets qui alimentent notre conversation. De retour en ville, on décide d’aller se désaltérer avec une pinte, se séparer le temps d’un repas, et se retrouver plus tard pour passer la soirée dans un pub. Il m’indique que l’auberge de jeunesse dans laquelle il s’est rendu aujourd’hui est bien meilleure et pas beaucoup plus chère. Je m’y rendrai demain. Je n’ai donc pas beaucoup avancé concernant les trajets de bus, je passerai la journée de demain à Launceston, et ne reprendrai la route que vendredi matin, en direction de St Helens, afin de me rapprocher de la Baie des feux pour ce weekend.

Day 3 – Jeudi.

Il est 10 heures, j’effectue le check-out, et commence à me rendre vers la nouvelle auberge de jeunesse où je souhaite passer la nuit. Je fais une longue pause dans un café pour poursuivre mes écrits divers et variés, et rechercher le trajet de bus approprié pour vendredi matin. En début d’après-midi, je vais effectuer le check-in dans l’auberge de Matt. C’est une toute autre ambiance. Premièrement, il y fait bon, puis le personnel est très accueillant, un sourire faisant toujours plus plaisir qu’une porte claquée au nez (j’ai préféré ne pas communiquer là-dessus). Je m’installe tranquillement dans ma chambre, prends une bonne douche chaude, et me rends à nouveau au bureau de Redline et TassieLink pour acheter le ticket de bus qui me permettra de me rendre à St Helens le lendemain. Le bus ne partira qu’à 17 heures. Je passerai donc une grande partie de la journée de demain à Launceston. Ca m’est égal, je m’y sens bien. Launceston se trouve dans une cuvette entourée par de grandes collines, avec des habitations sur les hauteurs. Cette configuration me rappelle sensiblement Luchon et Montauban-de-Luchon, que certains connaissent bien. Le froid aide aussi à me rappeler les Pyrénées ! Pour m’en rendre compte davantage, je vais me promener sur les hauteurs. J’entame la montée d’une des collines, abondamment peuplée, avec des habitations collées les unes aux autres. Depuis le sommet, j’assiste à la tombée de la nuit. Le soleil vient se cacher derrière l’un des sommets à l’opposé de moi, ne laissant que des lueurs jaunes, orangées ou rose se refléter sur quelques nuages éparpillés. De retour à l’auberge, je retrouve Matt qui est rentré de son day trip à Cradle Mountain. Nous sortons. Au programme : fish and chips, billard, pub, et boîte de nuit ! Oui, je sais, je n’y crois pas moi-même. M’enfin, faut le dire, cette boîte de nuit était assez merdique. Et puis ces deux affamées qui nous collaient aux basques, bouh ! Cela dit, on a passé un bon moment à jouer au billard, l’un contre l’autre avant d’affronter des australiens. Ils n’avaient à la bouche que « sacrebleu » (ce que tout étranger prononce lorsqu’il veut s’essayer au français…), « Carla Bruni », « merde » et « Rainbow Warrior ». Elle est belle l’image de la France !

Day 4 – Vendredi.

Le matin aux alentours de 9 heures, Matt est prêt pour aller prendre le bus qui le conduira à Hobart. Le soir même, il a un avion à prendre en direction de Sydney, le retour en France est tout proche pour lui. Une fois qu’il est parti, j’ai le temps de préparer mon check-out. Je décide de traîner au backpack, j’ai de quoi me faire à manger pour midi, alors en attendant, je lis, j’écris et je regarde la télé. En début d’après-midi, la réceptionniste très gentille me donne le mot de passe pour accéder au réseau wifi de l’auberge. Je m’apprêtais à payer 5 dollars pour une demi-heure sur un de leurs ordinateurs, finalement je me retrouve avec internet gratuit et illimité sur mon portable. Elle est pas belle la vie ? J’en profite pour réserver mon billet de retour à Sydney le samedi 27, depuis Hobart. Je fais ensuite quelques recherches sur les villes que je vais visiter le long de la côte est. Je fais également ce qu’il faut pour que le 27 je puisse récupérer à Sydney ma batterie et mon pull manquants. Tout se concrétise, c’est en bonne voie. La fin d’après-midi approche, et je me rends à la plateforme de transit des bus. Un peu d’attente, puis me voilà installé à côté d’une mamie très gentille, qui vit à St Helens, et m’explique plein de choses sur la ville. Ca ne vaut pas la peine que je m’étale, sérieux, quelle utilité pour vous de savoir où sont la boucherie et les coffee shops, hein ? Deux heures et demi de routes sinueuses, avec au volant un chauffeur qui aime appuyer lourdement sur la pédale de son engin flambant neuf. Nous voilà à bon port. Je me rends dans l’auberge où j’avais préalablement réservé un lit. Il fait déjà nuit, je n’ai donc pas un bon aperçu de la ville. Première surprise de taille, avec Vodafone, ce n’est même pas la peine d’essayer de passer un coup de fil, aucun réseau nulle part. Je commence à paniquer, à l’idée qu’il me faut absolument téléphoner à Jane et Toni. Après un petit temps de réflexion, je me dis qu’il y a certainement une cabine téléphonique pas loin. C’est le cas. Rendez-vous est pris pour demain matin 7h30 devant l’auberge, on partira pêcher à Binalong Bay, au cœur de la baie des feux !

Day 5 – Samedi.

A 7h30, comme prévu, Toni arrive pour m’emmener pêcher. Je n’ai pas eu besoin d’attendre qu’il me le dise pour constater que le temps n’est pas favorable à une bonne partie de pêche. C’est donc confirmé, il ne va pas être possible de mettre la ligne à l’eau. Lorsque nous arrivons à Binalong Bay, après environ 15 minutes en voiture, Toni me montre l’endroit depuis lequel nous aurions dû lancer le bateau. Je pensais que l’on pêcherait depuis la plage, comme beaucoup font sur toutes les côtes de ce pays. Mais Toni avait bel et bien prévu de partir en mer, comme il a l’habitude de faire. La déception est d’autant plus grande. Nous sommes au pied de Binalong Bay beach, première plage et point le plus au sud de la Bay of fires. Celle-ci s’étend jusqu’au phare d’Eddystone Point, au nord. De nombreuses autres plages forment ce paradis sur terre. Elles se succèdent, toutes en arc de cercle, entrecoupées par des avancées rocheuses en granit, lieu idéal pour les enfants, puisque de nombreuses « rock pools » sont formées naturellement. Nous reprenons la route, et remontons la colline qui se trouve derrière nous et qui surplombe cette plage. La maison de Toni et Jane se trouve juste là. En quelques secondes, je suis dans leur salon, accède au balcon, et profite immédiatement de cette vue imprenable sur la baie des feux. En admirant droit devant, j’ai une vue panoramique sur toute la baie. Le brouillard limite sensiblement la vue, et la côte s’estompe plus rapidement. J’aperçois cela dit des formations rocheuses isolées, se trouvant légèrement au large de quelques extrémités de terre.

Il n’est pas encore 8h, et mes hôtes commencent à prendre leur petit déjeuner, accompagné de la lecture des journaux du jour. Ils ne bousculent pas leurs pratiques habituelles, c’est parfaitement ce que j’attends d’eux. Vivre comme les locaux, lors d’un weekend à Binalong Bay ! C’est le moment opportun pour me raconter de nombreuses anecdotes. Concernant la pêche et les animaux marins notamment. St Helens est l’un des ports de pêche les plus important de Tasmanie, et Toni est un pêcheur expérimenté. Tous deux possèdent cette maison depuis plus de 25 ans, Toni a le permis bateau depuis 15 ans. Autant dire qu’il connait la mer. Le weekend dernier, il a même attrapé un requin qui mesurait un peu plus d’un mètre. Ils l’ont mangé, il paraît que c’est très bon. Aussi, la Tasmanie, c’est le pays de la langouste. De nombreuses familles établies depuis des dizaines d’années dans les environs ont construit l’industrie de la pêche à la langouste. La passion se transmet entre les générations. Ils ont aujourd’hui des contrats avec de grandes usines qui se chargent d’exporter la marchandise en Asie principalement, au Japon notamment. Mais ce n’est pas tellement la saison maintenant. Quand celle-ci débute, durant les quinze premiers jours, Toni peut facilement en capturer au moins une par jour, à l’aide de « crayfish pots ». Ce sont des paniers composés de bois et de tiges de fer. On y insère des poissons morts. Par un trou qui les mène vers le fond du panier, les langoustes entrent et, bien que cette ouverture ne se referme pas, ont beaucoup de difficultés à trouver la sortie. C’est ainsi qu’elles se font capturer. D’autres animaux viennent séjourner dans la baie, et ceux-là, il n’est pas question de les pêcher. Il n’est pas rare de voir des dauphins s’amuser dans les vagues puissantes de Binalong Bay beach. Lors de la saison des migrations, de nombreuses baleines peuvent être facilement observées au large. Toni a également vu des orques passer sous son embarcation. Vous imaginez mes yeux et l’expression de mon visage lorsque Toni me racontait tout cela… un vrai gosse ! Tant qu’on y est à parler animaux marins et qu’aujourd’hui est une occasion spéciale, Jane sort deux belles langoustes du freezer pour le repas de ce soir !

Jane et Toni sont tous les deux professeurs. Nous partirons en balade une fois les sudokus et mots-croisés bouclés (oh le cliché !). Il pleuviote au début, mais cela ne nous arrête pas. Nous descendons sur la plage, empruntons un sentier forestier qui se trouve juste derrière puis nous ramène tout près du rivage. Les vagues n’arrêtent pas, c’est une vraie déferlante de rouleaux puissants et bruyants qui s’abat sur la plage. De nombreuses algues dispersées maculent le sable impeccablement blanc. Nous laissons derrière nous la colline habitée par Jane et Toni. Vu d’ici, les maisons adoptent une structure semblable. A flanc de colline, plutôt que de creuser pour les y insérer, les maisons s’avancent sur des pilotis, et possèdent pour la plupart un jardin en contrebas. C’est ainsi que les habitations s’assurent une vue imprenable sur toute la baie. Egalement, les terrasses et balcons avancés permettent de placer au-dessous les cuves de récupération d’eau. Binalong Bay, comme beaucoup de villes isolées en Tasmanie, n’a pas l’eau courante. Toutes les maisons sont équipées ainsi. Il n’y a aucun système d’épuration ou purification. L’eau qui s’écoule des toits et gouttières et qui est stockée dans les cuves est celle qui s’échappe directement des robinets. En hiver, pas de restriction particulière, une douche tous les jours, etc. En été par contre, ils sont contraints de ne pas tirer la chasse des toilettes à chaque fois qu’ils les utilisent, garder le même verre plusieurs jours pour éviter trop de vaisselle… Certaines habitations combinent cette pratique de récupération des eaux à l’utilisation de l’énergie solaire, grâce à des panneaux placés sur la toiture. Tous ces systèmes donnent à cette ville une dimension très écologique. Nous arrivons au bout de la plage, sur l’une des formations rocheuses dont je vous ai fait part précédemment. Des lichens vert et orangé parcourent le granit. Cette dernière couleur est la cause d’une croyance erronée sur l’origine du nom « Baie des feux ». Moments de contemplation, nous surplombons les vagues qui viennent se fracasser contre la pierre. Il y a beaucoup de vent. Tout cela est très vivifiant ! Nous faisons demi-tour. La promenade en sens inverse est consacrée aux récits de leurs péripéties en Europe, dont la France, l’Ecosse, l’Espagne, l’Italie. Des quiproquos causés par les différentes langues parlées (difficile d’acheter une bouteille d’eau déminéralisée), des déceptions (les pizzas en Italie étaient les mêmes qu’en Australie), des fou-rires (perdus dans les allées d’un supermarché Carrefour géant aux portes de Paris), et des rencontres exceptionnelles avec des locaux.

Après le repas de la mi-journée, Jane doit se consacrer à ses devoirs de professeur. Toni et moi partons pour de nouvelles promenades. De l’autre côté cette fois-ci, dans une réserve naturelle en bord de mer. Toni éclaire ma connaissance sur la vie sauvage en Tasmanie. Concernant le tigre de Tasmanie (Tasmanian Tiger) d’abord, dont le dernier s’est éteint au milieu des années 1930. Il n’y a pas grand espoir d’en retrouver un, même si certaines parties de la Tasmanie n’ont pas été explorées (quelques sommets montagneux uniquement). Certains affirment en avoir aperçu un, sans photo à l’appui. Ensuite, les diables de Tasmanie. Ils sont très nombreux, mais depuis 3 ans la population est décimée considérablement par un cancer de la bouche / gorge dont les scientifiques ne savent pas bien comment il naît ni où précisément. Les wallabies et kangourous prolifèrent en quantité, tandis qu’il n’y a pas du tout de koalas. Egalement, les wombats sont très représentés. La Tasmanie est très sauvage, et beaucoup d’espèces de serpents y coulent des jours paisibles. A la fin d’un sentier très étroit au cœur d’une forêt dense, nous débouchons, une nouvelle fois, sur du granit. A une vingtaine de mètres devant nous, des vagues impressionnantes se fracassent violemment, dans un tumulte des plus assourdissants. Lorsque nous entamons le retour, Toni aborde cette fois-ci le footy, surnom donné à un sport particulier pratiqué uniquement en Australie, et qui selon beaucoup « s’inspire du meilleur de plusieurs sports ». On y reconnaîtra des gestes et règles vus au foot, au rugby, au basket. Lui-même a été un joueur dans l’AFL (Australian Football League). Il a côtoyé un joueur devenu ami qui maintenant est haut placé dans la gestion de la ligue principale. Il lui a d’ailleurs obtenu deux très bonnes places pour lui et Jane pour le prochain match qui se jouera au MCG (Melbourne Criquet Ground). Tous les deux sont très fan, leur équipe favorite est Carlton. Il y a un match à la télé ce soir, ce sera l’occasion de m’expliquer les règles. J’ai également appris qu’au départ, ce ne sont que Melbourne et sa banlieue qui concourraient. En prenant de l’ampleur, certaines équipes ont dû se délocaliser. C’est ainsi, par exemple, que les Brisbane Lions étaient auparavant les Fitzroy Lions, banlieue Est de Melbourne.

De retour à la maison, le dîner approche à grands pas. Petit apéritif d’abord, avec des crackers et du pâté, ainsi que deux bonnes bouteilles de cabernet-sauvignon. Pendant que je m’empiffre, Jane s’active devant les fourneaux. Ca y est, c’est enfin prêt. Du homard à la crème cuisiné à l’ail et au citron, accompagné de pommes de terre et potiron sautés ainsi que des haricots plats. Un régal. Je leur dit à quel point ils n’ont pas idée du bien que ce repas procure à un backpacker en voyage depuis 7 mois. Je suis tout ému en avalant ce mets succulent, et ça fait plaisir à la cuisinière. Je leur raconte ensuite que la dernière fois que j’ai mangé de la langouste, c’est il y a un peu plus de 12 ans, sur la côte kenyane, au bord de l’océan indien, à Mombasa. Ils trouvent cela très amusant. Pour le dessert, un excellent gâteau pomme / noix de coco fait maison, bien moelleux, dégusté tiède avec un peu de crème fraîche. Il est désormais temps de partir au lit, dans ma propre chambre, avec un grand lit et une couette bien épaisse !

Day 6 – Dimanche.

Doucement, vers 10 heures, je m’éveille. J’ai passé une nuit excellente. Bercé par le bruit des vagues, je me suis endormi confortablement, bien au chaud, avec beaucoup de place rien que pour moi. Dans la cuisine, Jane et Toni sont assis, réveillés depuis 20 minutes uniquement. « C’est à cela que servent les dimanches, n’est ce pas ? ». Tous deux sont plongés dans la grille de mots-croisés du dimanche, qu’il est difficile de boucler. Elle a déjà fait gagner à Toni deux dictionnaires ! Des questions concernent la France, ils m’enrôlent ! La mer est encore très agitée, mais Toni me propose de descendre à St Helens et d’aller pêcher sur Georges Bay ! Quelle bonne nouvelle. On va finalement sortir en bateau, je suis ravi. Tout est prêt, on peut y aller. La mise du bateau à l’eau se fait assez facilement. Je suis chargé de tenir la corde reliée au bateau et de l’amener ensuite près du quai lorsque Toni l’aura sorti de la remorque à l’aide d’un coup sec sur les freins. Ce n’est pas un petit kayak l’engin, alors autant vous dire que j’ai forcé comme un malade pour le retenir. C’était soit cela, soit je me faisais emporter dans l’eau, soit je lâchais tout et laissait l’embarcation dériver (imaginez sa tête si j’avais fait ça…) ! Nous enfilons le gilet de sauvetage, et nous voilà partis pour un peu plus de deux heures sur la baie. L’ambiance est très paisible, c’est le calme plat. Quelques bateaux engagés dans un concours de pêche viennent de temps en temps troubler la sérénité des lieux. De nombreuses espèces d’oiseaux vivent là : mouettes, cygnes noirs, goélands, canards, pélicans, cormorans et beaucoup d’autres dont j’ignore le nom. Georges Bay s’assèche d’un côté en une sorte de marécage, endroit très prisé en saison de gestation. De mémoire, Toni ne se souvient pas avoir pêché ici, et il ne connaît pas trop les bons endroits. En fait il ne connaît pas bien la baie du tout, puisque nous nous retrouvons à des endroits avec 1,50m de profondeur uniquement. Il ne fait pas le fier, moi non plus. Le pilote c’est lui, alors s’il y en a un qui doit se sacrifier pour dégager le bateau du banc de sable, ce sera le frenchie ! Rien de tout cela ne se produit. On croise une connaissance à lui qui nous indique où tremper la ligne. On se poste à un endroit profond d’un peu plus de 20 mètres, en espérant attraper des « flathead ». Un gros plomb, trois hameçons en ligne, des bouts d’éperlans pour appât, que l’on plonge tout droit au fond. La règlementation autorise une capture de 30 par personne et par jour, avec une taille supérieure à 30 cm. Nous en attrapons 4 qui font la maille ; une bonne dizaine qui sont en-dessous et que nous relâchons. Des phoques font leur apparition ça et là. L’un d’entre eux s’amuse même avec un poisson qu’il vient de capturer. Il le fait virevolter plusieurs centimètres au-dessus du niveau de l’eau, l’attrape à nouveau, puis replonge sous l’eau. Au début, nous étions baignés par le soleil, il faisait très bon. Puis d’imposants nuages ont fait leur apparition, une petite brise fraîche s’est levée, et nos lignes ont de moins en moins leurré la poiscaille. Retour donc à Binalong. Sur le chemin, nous longeons de nombreux parcs à huîtres, où l’on peut acheter une douzaine pour 4 euros. C’est un détail qui a son importance, oui. Une fois à la maison, il est temps de plier bagage. Il est 15h, il leur faut rendre visite à la mère de Jane à St Helens avant de reprendre la route pour Scottsdale. Ils me déposent à une autre auberge de jeunesse de St Helens. Je les salue comme il se doit, les remercie profondément pour ce weekend exceptionnel en leur compagnie, et leur promets de garder contact. J’effectue le check-in. Je suis le seul ! Toute une auberge rien que pour moi. Elle n’est pas très grande cela dit, mais c’est quand même génial. Je peux faire comme à la maison ! Je consacre ma soirée à l’écriture du récit. Pour finir le weekend en douceur, des restes de langouste et de gâteau m’attendent pour le dîner !

Day 7 – Lundi.

A 10h, je quitte l’auberge, leur confiant mon gros sac, ne sachant pas trop ce qu’il adviendra de moi aujourd’hui. On est complètement hors saison, et les trajets en bus sont limités. Il faut donc que je me renseigne au plus vite pour pouvoir faire une réservation et bouger rapidement. Je me rends au Village Store pour déguster un chocolat chaud pendant que je feuillette mon guide. Nic, le boss, est là pour me conseiller. Jane et Toni le connaissent bien, leur fille a travaillé là. Direction ensuite le centre d’informations. Je débusque un numéro de téléphone. Il suffit que je me rende le lendemain matin aux alentours de 8h15 au dépôt de Calows Coaches, tout près de mon backpackers en réalité. Un bus pourra me déposer à Conara, où j’aurai ensuite une correspondance 5 heures plus tard pour Bicheno, toujours côte Est, plus au sud.

Je retourne à l’auberge, me pose deux heures et, comme le soleil revient, pars pour une promenade sur les berges de Georges Bay. C’est le calme plat. Pas un seul bateau n’est sorti. Les oiseaux ne sont pas troublés dans leurs occupations. Ils vont et viennent, se poursuivent, se fuient, plongent sous l’eau, font escale sur un banc de sable… Pépères ! Je m’assois tout près, au soleil, les observe, sens l’air marin s’engouffrer dans mes narines… Je me sens bien ! Mon imagination travaille, les idées fusent. Par peur de ne pas m’en rappeler, je sors mon carnet de notes et fait couler l’encre. La fraîcheur se fait finalement sentir davantage, et je retourne à l’auberge, enjoué et décontracté, en repensant au weekend génial que je viens de passer.

Day 8 – Mardi.

De bon matin, je retrouve le chauffeur de bus de vendredi. Et la mamie aussi ! Pendant que je payais mon billet, elle est venue me taper sur l’épaule parce qu’elle m’avait reconnu ! Elle repart pour Launceston ce matin. On échange à nouveau quelques mots, je lui raconte mon super weekend à Binalong Bay. Entre temps, le chauffeur s’est arrangé pour me faire patienter à Campbell Town plutôt, parce que Conara, il n’y a rien. En y passant devant plus tard, je me suis rendu compte que j’aurais dû patienter 5 heures, dans le froid, tout près de l’autoroute… sympa ! A Campbell Town sur le coup des 11 heures, je me dirige vers un centre Internet où je patiente jusqu’à 14 heures. L’homme qui travaille là est très gentil, il m’allume le chauffage, m’offre une tasse de thé. Ca fait plaisir. Je lis, écris mes mémoires tasmaniennes. Vient l’heure de la correspondance. Après avoir patienté un petit quart d’heure en plein soleil, mon minibus montre le bout de son nez. Quatre passagers seulement l’occupent. Je passe les deux heures du voyage à écouter de la musique et contempler le paysage : forêts denses, maisons isolées, montagnes, lacs. Un aigle, du haut de son piquet sur le bord de la route, me salue d’un hochement de tête. Tantôt il fait beau et chaud, tantôt le brouillard et la fraîcheur nous enserrent. Arrivé à Bicheno, je réserve l’auberge pour 3 nuits. De nombreuses randonnées sont à faire dans les environs de cette ville, et je veux passer une journée dans le Freycinet National Park. Des bus proposent des voyages quotidiens. Je réserve également le bus qui me mènera à Hobart vendredi après-midi. La dame à la réception est très gentille ! Un couple de jeunes a repris cette auberge il n’y a pas très longtemps. L’atmosphère y est très chaleureuse, je m’y sens déjà très bien. Beaucoup plus d’animation cette fois-ci dans l’auberge, ma chambre de 8 est comble, un groupe en voyage organisé d’une dizaine de personnes passe la nuit ici également.

Day 9 – Mercredi.

Le groupe de lourds ! Ils ont fait du bruit jusqu’à 1h, leur réveil a sonné à 6h… J’ai passé une nuit de merde. Je me lève et regarde par la fenêtre. C’est très nuageux, gris. Je décide donc de ne pas partir au Freycinet National Park aujourd’hui. Cela n’a pas beaucoup d’importance. Le seul risque, c’est que demain la météo soit encore pire, et là je n’aurai pas le choix. Aujourd’hui sera donc consacré à la visite de Bicheno et ses alentours. Davantage les alentours d’ailleurs, parce que la ville est composée, à mon humble avis, d’une vingtaine de rues. Rien d’excitant. Mais on peut en faire tout le tour en empruntant un sentier de quelques kilomètres qui longe la mer.

Au début de ma promenade, je m’engage dans un chemin de terre qui me mène en haut d’une colline. Au sommet, un rocher massif que l’on peut escalader permet d’avoir une vue à 360° de toute la baie, de l’océan à perte de vue. Vu d’en bas ce rocher ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du Roi-Lion… « C’est l’histoiiiiire de la viiiiiie ! ». Je descends par l’autre côté, et me dirige vers le « Blow hole ». C’est un trou formé dans le granit, dans lesquelles les vagues viennent s’engouffrer. La violence du choc provoque un bruit sourd, et des geysers d’eau s’échappent, montant parfois jusqu’à 5 ou 6 mètres, en fonction de la physionomie de la roche. C’est très impressionnant, surtout en ce moment où il y a beaucoup de vent. A marée montante, les vagues puissantes accroissent l’amplitude des jaillissements.

Je me promène ensuite le long de la plage, alterne tantôt avec à nouveau des sentiers de terre au milieu de la végétation, tantôt de la  roche. Une allée remplie de mûriers me renvoie aussitôt au bois de mon grand-père à Termes d’Armagnac. Le fossé d’en-face est en effet truffé de ces baies délicieuses dont je me délecte, lorsque la saison s’y prête, à chacune de mes virées là-bas. Je m’assoie quelques minutes et me met à la recherche de beaux coquillages, de formes et couleurs différentes. Un peu plus loin, une île que l’on peut rejoindre à marée basse est pour l’heure inaccessible, dommage. Nous sommes en fin d’après-midi, cette balade était très agréable, ressourçante.

De retour à l’auberge, je constate que tout ici est potentiellement un décor de carte postale. La Tasmanie c’est sans prétention, sauvage, vivant, reposant, pittoresque. J’imagine que passer deux mois ici, vers la fin du printemps, en octobre / novembre par exemple, avec sa propre voiture, cela doit valoir son pesant d’or. Cette île a tellement à offrir… Je garde ce projet à l’esprit. Si l’un d’entre vous est tenté, qu’il se manifeste ! Cela dit pas pour tout de suite, dans 3 ou 4 ans !

Day 10 – Jeudi.

« Le seul risque, c’est que demain la météo soit encore pire, et là je n’aurai pas le choix ». J’ai pris le risque, à mes dépens. Il est tombé à Bicheno et ses environs 43 cm de pluie pendant les deux dernières semaines, alors qu’il n’en était tombé que 30 au cours des deux années passées. Tout le monde ici dit que cela fait bien 15 ans qu’ils n’ont pas vu autant d’eau. Toutes les rivières sont en crue, des dizaines de champs sont inondés. Les cuves de stockage d’eau sont remplies à bloc. Alors forcément, les locaux, ils sont contents. Les touristes par contre, un peu moins. Moi le premier. Je me lève donc, constate avec déception que la météo n’est pas favorable à une randonnée de 5 heures en montagne. Cela dit je n’ai pas le choix, je suis venu jusqu’à Bicheno exprès pour visiter le Freycinet National Park et sa renommée Wineglass Bay. La navette est là à 9 heures. Sans surprise, je suis le seul con voyageur à vouloir l’emprunter ce matin. Le chauffeur est même surpris de me trouver au point de rendez-vous. Arrivé sur place à 10 heures, j’entame la promenade. Il est 10h30 lorsque ma tenue vestimentaire est trempée. [Ca me rappelle ce qui s’est passé hier au Blow Hole et que je ne vous ai pas raconté. Lorsque je contemplais ce spectacle magnifique, un groupe de lycéens visiblement est arrivé sur place, dans ce qui semblait être un voyage scolaire. Parmi eux, un abruti avait décidé d’amuser la galerie en se plaçant sous les chutes d’eau du geyser. Il était trempé, et je me disais « Mais qu’il est con ce type, se foutre sous l’eau comme cela de son plein gré, comment il va faire pour profiter du reste de la journée… » Ironique, quand on y pense. Les rôles ont vite fait de s’inverser !] Gants, bonnet, écharpe, t-shirt et veste sous le K-way, jean, sous-vêtements, et ceinture. Rien n’a été épargné. Je suis donc parti depuis ½ heure, il me reste sur le papier 4 heures 30 de rando. Chouette ! Il s’agit de bushwalking, à travers la forêt, donc je suis malgré tout légèrement abrité. Ce que je ne savais pas, c’est que de nombreuses surprises m’attendaient. De temps en temps, le sentier aboutissait sur des crêtes, sans arbre pour pouvoir se protéger un tout petit peu. Je pense avoir passé le pire. Non ! Après plusieurs crêtes, une plage ! Pire que tout bien sûr. Presque 1 km de plage à remonter, garnie d’algues sur lesquelles je glisse. L’arrière de mon jean avait jusque là à peu près réussi à se garder de l’humidité. Voilà qui n’est plus ! C’est complètement surréaliste. Je me serais jeté dans les vagues que je n’aurais senti aucune différence. Le ciel est bas, je ne profite d’aucune vue dégagée à l’horizon. Cette balade ne rime strictement à rien. Je repique à l’intérieur, traverse une langue de terre qui aboutit sur la plage de Wineglass Bay. Tiens je ne sais même pas pourquoi je continue à écrire… Bon, je continue un peu plus. Je suis au bord de la plage donc. Je trouve un arbre bien touffu, m’installe dessous pour engouffrer mon pique-nique. Rapidement, parce que quand j’arrête de marcher, je sens le froid m’envahir. Une bourrasque sévère, toute l’eau contenue dans le feuillage me tombe dessus. Heureusement, j’avais fini mes sandwiches ! Je suis de retour au point de rendez-vous une heure et demi en avance. J’attends impatiemment dans le froid. Je ne vous décris pas ce que je n’ai pas vu, hein, vous ne m’en tiendrez pas rigueur, je le sais. Retour, douche chaude, télé, et au lit. Déçu.

Day 11 – Vendredi.

Check-out, lessive, et bus jusqu’à Hobart. Jusque là, rien de transcendant. Et après non plus d’ailleurs. Une fois arrivé, je passe presque une heure à trouver une auberge de jeunesse que l’on m’avait conseillée (je n’ai pas trop bien compris pourquoi d’ailleurs, je n’ai pas du tout aimé !), puis la nuit est tombée. Jen, la fille de Jane et Toni finalement travaille tard ce soir et reprend tôt demain matin, donc on ne se rencontrera pas. Elle et son mari se rendront en France dans environ 2 ans, c’est moi qui les accueillerai ! Mon séjour en Tasmanie se finit donc bien calmement, une soirée à l’auberge, pas de sortie spéciale, juste un petit tour en ville pour avoir un aperçu tout de même. L’avantage d’Hobart c’est d’être relativement une grande ville, donnant sur la mer, et située tout près de la montagne. Il est donc facile et rapide de changer d’environnement, ce qui je trouve est très agréable. Je regarde Federer se débarrasser d’un quelconque Allemand sur le gazon de Londres, puis me couche. La navette demain matin passera à 7 heures. A moi Sydney, le temps d’un weekend.

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Bye Bye Melbourne

Clairement, ces derniers temps, j’ai souffert d’un manque d’inspiration. C’est une des raisons de ce vide sidéral dans l’alimentation de mon blog. Ne pas savoir quoi écrire, ne pas trouver les mots… S’ajoute à cela le fait que je n’ai rien fait de tellement intéressant, qui mérite d’être publié ici. Ca fait partie du voyage, il était bien évident que je ne passerais pas une année entière à fond, toujours à vadrouiller à droite à gauche. Alors, si sur le support blog il n’y a pas matière à s’étaler, en ce qui concerne ma propre expérience en revanche, j’ai vécu plus de 4 mois à Melbourne que je n’oublierai pas. « Rien de tellement intéressant » pour vous, en ce qui concerne la découverte de ce pays, ce que je peux vous apprendre ou vous montrer. Enrichissant pour moi, en termes de rencontres principalement. Je citerai, non exhaustivement, les frenchies bien sûr, Jack et Flo au tout début, Simon, Jan et Melo, Emilie, Florence, Laura, Anaïs, et puis parmi des dizaines, Storey, Matt, Donna, Sando, Yan, Pete, Johnny, Sam, Ross, Joe, Mango, Steve, Stephen and Laurie, Claire, Meg, Nikki, Liv, Marcel, Orly, Daire, Nina und Oskar, Robert, Lynds and Kira, Wayne, Chloe, Jenn, Angela, Ashley, Anne, Siny, Kate and Barry, David, Claudio… Je pourrais continuer longtemps comme ça ! Un point commun qui réunit la plupart d’entre eux, ils sont européens (quelques canadiens et israéliens). Je pense sincèrement qu’après un an ici, je vais presque en savoir plus sur les mœurs irlandaises qu’australiennes ! J’exagère peut-être, mais il est vrai que les auberges de jeunesse sont remplies par des gens étrangers, les australiens voyageant dans leur propre pays et qui dorment dans des auberges étant rares !

Alors, 7 mois passés à La Rochelle l’année dernière, presque 5 mois à Melbourne cette année. Ce ne sont décidément pas forcément les expériences les plus longues qui sont les meilleures. Dans une vie, ces moments ne sont que des bribes, mais restent néanmoins des étapes inoubliables. En souvenir, je vais poster ici quelques photos mélangées de soirées, de moments passés avec des gens pour lesquels j’ai beaucoup d’estime et d’affection, dont quelques unes ont été prises lors de la dernière soirée.

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