axL à la ferme

Le WWOOFING (de WWOOF, Willing workers on organic farms, travailleurs volontaires dans des fermes bio) est une experience unique. Les backpackers comme moi connaissent bien cela puisque c’est l’une des principales façons de devenir éligible pour un second visa. En effet, il faut avoir effectué plus de 80 jours de travail à la ferme pour obtenir le sésame.
Sinon, c’est aussi et simplement fait pour vivre de bons moments avec des locaux, chez eux, selon leur style de vie. C’est ce que je me suis pris en pleine gueule en arrivant chez Nadine, Ben et leurs quatre enfants.

Cadre de vie

Japoonvale est un lieu reculé dans la jungle tropicale, la rainforest du luxuriant Queensland. A mi distance entre Innisfail et Tully, bien connues dans la région, cette localité se trouve à plus ou moins 1h30 au sud de Cairns, et a 3/4 d’heure de la belle Mission Beach.
Arrivé à Silkwood comme prévu aux alentours de 9h, Nadine ne tarde pas à venir me récupérer en compagnie des deux plus jeunes membres de sa marmaille, Melody, 1 an, et Harmony, âgée de 4 ans. Il a suffit que Nadine sorte de la voiture et m’accueille pour comprendre que rien de ce que j’allais vivre dans la semaine à venir ne serait comparable à l’une de mes expériences passées. Pieds nus, look baba cool, une jupe-chiffon, un petit dabardeur difforme et délavé, pas de soutien-gorge… Le tableau était dressé. Les filles, à l’arrière, n’avaient vraisemblablement pas été lavées depuis au moins deux jours.
Arrivés sur place, Jack, un wwoofer d’origine coréenne, Ben, Marc et Zaya,un ami et son fils d’1 an,sont là. Les présentations sont rapides, le ton est amical. Je suis content, mes hôtes sont jeunes (28 ans pour Ben, 32 pour Nadine), la maison est sympa, bien que radicalement différente de nos standards. C’est une sorte de hangar (ce qu’ils appellent eux un “shed”. Beaucoup d’habitations sont ainsi dans les endroits reculés. C’est très pratique, il suffit d’une chappe en béton, le reste n’est que tolles), pas vraiment grand. Sous le même toit, une moitié a été transformée en loft, entourée de murs et nombreuses fenêtres. L’espace est donc unique, simplement des paravents en bambou “délimitent” la “chambre” des parents. L’autre moitié est ouverte, et abrite un atelier, au milieu d’un amoncellement de… choses! Tout est très bordélique, l’intérieur est sans dessus dessous. La cuisine est crade, des jouets jonchent la totalité de la surface habitable… Vient le moment où ils me montrent l’endroit où je vais dormir. Pas bête, j’ai vite réalisé que ce ne serait pas à l’intérieur. Il s’agit bien de l’immense tipi planté dans le jardin, et qui attire l’attention dès l’arrivée sur la propriété. Il y a 30 cm au moins d’ouverture entre le sol et le début de la toile, autant dire que je vais dormir dehors… Suite de la visite : la salle de bains se résume à une baignoire plantée en bout de terrace et faisant face au jardin potager, “cachée” par un de ces fameux paravents en bambou (la blague!); les toilettes se trouvent dans la forêt… Un semblant de passage long d’une dizaine de mètres mène au trône, entouré de trois murs, et ouvert sur la végétation foisonnante. “Bienvenue, fais comme chez toi!” Je vais essayer…
Depuis quelques jours, il n’y a pas d’electricité, ce qui signifie pas de lumière (au milieu de nulle part!), ni d’eau chaude. Leur situation est particulière. Contrairement à la majorité des adhérents au programme, eux ne possèdent pas de terre, et sont ici en loyers. Ils payent 30 euros par semaine, et sont les “gardiens”. La propriété est immense, mais couverte à 90% par la forêt vierge. Ils ont donc la place pour entretenir un jardin potager, et commencer une nurserie, avec des dizaines de plantes différentes. L’objectif pour Ben est de cultiver plusieurs espèces plus ou moins rares, et à long terme, sur une propriété qui lui appartiendrait, en faire commerce. C’est ce que la plupart des voisins pratiquent, qu’il s’agisse de fleurs tropicales, d’arbres fruitiers, et bien d’autres types dont les particularités m’échappent.
Pour résumer donc, ils ne sont pas chez eux, et ne peuvent pas faire tous les aménagements qu’ils désirent, d’autant que le propriétaire peut les appeler à tout moment pour leur dire qu’il souhaite rentrer le mois suivant, et toute la famille devrait trouver un autre logement en peu de temps. Pas question donc de trop s’implanter là… Précarité, quand tu nous tiens! Alors ils utilisent le système d’électricité peu fiable mis en place. En effet, ils pompent l’eau depuis la crique qui part du haut de la montagne sur laquelle la maison est adossée. Cette eau sert également à produire l’électricité. Un long, très long tuyau remonte jusqu’à la source, à travers la forêt dense. L’eau sous pression est propulsée sur un système d’alternateur relié à une batterie, qui elle alimente le circuit électrique de la maison. Et donc, quand l’alternateur tombe en panne, plus de jus… Puis quand c’est pas l’alternateur,c’est la batterie, ou bien le niveau d’eau dans la crique est trop bas, bref, trop d’éléments fragilisent ce système. Mais c’est leur unique alternative, et toutes les maisons du coin fonctionnent de la sorte (avec succès pour 90% d’entre elles). Seulement, il faut investir beaucoup d’argent pour avoir un système très fiable.
Le décor est planté, les habitudes sont prises. Quand la situation est telle, tout le monde descend à la crique pour se décrotter. Et ça, je l’ai vu venir gros comme une maison… comme la chanson le dit, “tout le monde à poil”… “C’est mieux pour se sentir à l’aise dans l’eau” me dit Nadine, en tenue d’Eve… Les 4 enfants sont littéralement sur moi en train de jouer. Communier avec les éléments de la nature, ouais mais… non! Je garde mon maillot! Pour le premier jour, ça fait un peu beaucoup, on verra plus tard!
Petit à petit, je passe de la consternation à “plus rien ne me choque”, puis “qu’est ce qu’on est bien ici”. Les gosses, dès qu’ils ont une envie pressante, ils baissent leur froc, où qu’ils soient. Pareil pour le bébé, qui souvent n’a pas de couche. Quelqu’un nettoiera derrière, évidemment. Harmony, 4 ans je le rappelle, escalade des bambous hauts de plusieurs mètres, se pend par les pieds une fois en haut “Hé regarde, sans les mains!!!” Putain les parents, faites quelque chose!
Au bout de deux jours, j’avais tout vu, et pouvais enfin profiter de ce mode de vie unique. La première chose que j’ai su apprécier, c’est de dormir dans le tipi. S’endormir au coin du feu avec en fond sonore la vie nocturne de la jungle, c’est apaisant. Aussi, prendre un bain au clair de lune, quel bonheur. Parcourir 500 mètres pour se baigner dans une crique en pleine jungle, procure un sentiment particulier également. Et surtout, manger très sainement; tout le temps, chaque repas. A 90% la matière première est produite sur place. Et puis Ben est très bon cuisinier, il aime bien faire des gâteaux, du pain. Autant dire que ça me changeait bien de ce que j’ai l’habitude de concocter dans les auberges de jeunesse. En résumé, la vie chez eux n’a rien de superflu, que le minimum. On pense à rien, on se sent bien, dans sa tête et dans son corps.
Il me faut désormais préciser que le tipi n’a pas été ma seule habitation. Dix jours après mon arrivée ici, la pluie est arrivée. Pas en pleine journée, mais bien à 5h30, lorsque je dormais profondément. On ne peut pas dire que le tipi soit vraiment waterproof, j’ai donc été réveillé par des gouttes d’eau qui me tombaient sur le visage. Je me réveille donc en sursaut, toutes mes affaires sont autour de moi, il faut au plus vite que je rassemble tout et que je me dirige sous le hangar. Ben a entendu la pluie dense, il est donc là pour me donner un coup de main. Jack étant parti, j’établi mes quartiers dans la petite cabane qui lui servait de chambre, et qui sera désormais la mienne.

Mes activités

Je l’ai dit, Ben ne possède pas la propriété, alors les activités chez lui sont limitées. Entretenir la nurserie, maintenir la maison en bon état… c’est pas peu près tout en ce qui les concerne. Alors on a beaucoup travaillé pour les voisins. Notamment Graham, qui habite la maison au-dessus, dernière habitation au bout de la route. Il n’est plus très jeune, et il faut qu’il entretienne le chemin qui mène au haut de la crique. En nous aidant des multiples énormes pierres qui longent le chemin, nous avons essayer de recréer par endroits de vrais escaliers, sinon aplanir la surface. Le bouquet final, construire un barrage au départ du tuyau, pour s’assurer d’un niveau d’eau minimal toute l’année. Ce travail nous a occupés pendant de longues journées, entrecoupées par des pauses repas où nous étions gatés par Graham.
Pour un autre voisin, il a fallu que nous collections des feuilles d’une variété d’épinard sauvage qui pousse par là-bas. Trois grands sacs contre une caisse de papayes.
Pour David cette fois-ci, nous avons augmenter la hauteur de sa mare. Il a créé comme un bassin dans son jardin, dont il voulait réhausser les contours. Alors en creusant à l’intérieur, et en mélangeant la terre à de l’eau, nous avions de la boue assez consistante qui lorsqu’elle sèche est très solide et comparable à la dureté du béton. Bref, pas très passionnant tout cela, nous avions de la merde jusqu’aux oreilles!
Je retourne à ce que j’ai fait pour Ben et sa famille. Je retiens principalement 3 tâches :
- vaisselle et ménage en général dans la maison;
- surveiller les enfants (les divertir, aider aux devoirs…);
- entretenir jardin et nurserie (déterrer du gingembre, préparer le basilic pour le pesto, faire du mix pour les pots, arrosage…)

Culture aborigène

En avril 1997, âgé de 9 ans, je dansais (contre mon gré) avec des masais au Kenya. Plus de 12 ans plus tard, j’accumulais une expérience similaire, en partageant cette fois une danse avec des membres d’une communauté aborigène de Mornington Island. La danse du coq… Lors de ma première performance artististique ethnique, haut comme trois pommes, il me suffisait de sauter le plus haut possible. Les colliers que ces géants m’avaient passés autour du cou me fouaittaient le visage, et toute ma famille se moquait bien de moi… Je n’ai pas été moins ridicule pour ma deuxième prestation, me tapotant les fesses et imitant le cri du roi de la volaille, devant un parterre d’écoliers.
Stu et Kate, voisins de Nadine, une soixantaine d’années, sont très impliqués dans la vie et le maintien des communautés aborigènes. Ils parcourent le pays depuis des années pour les aider dans différents domaines, apprendre aux jeunes comment tirer profit de leurs créations artistiques, et essayer de les tenir éloignés des fléaux qui touchent de nombreux individus, l’alcoolisme en tête de liste.
C’est ainsi qu’ils ont été invités à cette représentation de danses aborigènes traditionnelles dans une école près de Tully. Occasion rare, elle a eu la gentillesse de nous emmener avec elle. Je savais bien que cela ne se présenterai pas une seconde fois. J’étais ravi.

Photos

1 réponse jusqu'à présent »

  1. 1

    sylvette a dit,

    c’est vrai la boucle est bouclée…..A Roissy je t’ai déposé à Roissy j’irais te chercher….Entre les 2? Un peu plus d’un an…. Moi aussi j’ai vu des kangourous, des koalas, des spots avec les magnifiques couchers de soleil…Des falaises, des couleurs, un 1er janvier sous 25°…un match de rugby, une course deF1….des fêtes du SO la tête en bas….Des backpakers, des tipis, des aborigènes, une faune, une flore……Merci cakounet!!! Bises…..sI tu croises CARTER chez les NZ, dis lui que Perpignan est en tête du top 14….Même sans lui!!!


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